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LE BOULEDOGUE FRANÇAIS
LA PROPRETÉ

Le parfait bouledogue selon le standard

L'ÉDUCATION À LA PROPRETÉ
par Gérard MULLER, docteur vétérinaire
(article publié dans le
Bulletin du Club du Bouledogue Français n°2, 2002)

Le premier but de l'éducation du chiot est la propreté. Pour nombre d'éleveurs, cet apprentissage se fait facilement. Pourtant il est classique de trouver des gens qui éprouvent des difficultés à atteindre cet objectif primordial et à l'heure où les ventes s'accompagnent de plus en plus d'une aide technique offerte, les conseils sur la façon d'enseigner la propreté à un chiot sont précieux et très appréciés. L'éleveur doit non seulement donner des bons conseils, mais aussi, en tant que spécialiste du chien, être capable d'analyser les causes d'échecs et de proposer des solutions concrètes. Un chien qui apprend vite à être propre, sera toujours considéré comme intelligent et son éleveur sera recommandé aux amis.

BASES PHYSIOLOGIQUES ET ÉTHOLOGIQUES

A l'inverse du chat, le chiot qui arrive à la maison n'est généralement pas propre, Il sait tout juste ne pas faire ses besoins dans le « nid », qui sera souvent assimilé au lieu de couchage et ses environs immédiats (un chiot qui ne se lève pas pour faire ses besoins et souille son panier, doit être considéré comme anormal), La propreté telle que nous la concevons ne peut résulter que d'une patiente éducation.

Pourtant, même s'il ne sait pas grand chose, ce chiot a déjà acquis des habitudes et va chercher à faire ses besoins sur un support connu (celui qu'il rencontrait à l'élevage), Il recherchera des odeurs initiatives (traces d'urine et de fèces). Pour enseigner à ce chiot ce que nous attendons de lui, nous devons guider ses dispositions naturelles et le récompenser à chaque succès ; la méthode punitive n'est pas la plus efficace. Quelques notions importantes méritent d'être détaillées.

Un comportement se décompose en trois phases:
• une phase appétitive,
• une phase consommatoire,
• une phase de retour à l'équilibre,

Chaque phase entraîne la suivante.

Le comportement de miction commence par une recherche olfactive du lieu d'émission, puis vient l'élimination et enfin, la dernière phase se caractérise par une vérification olfactive de la trace laissée. Une punition est un processus aversif destiné à entraîner l'interruption d'une séquence comportementale et à diminuer la probabilité de production de cette séquence. Pour être efficace, cette punition doit intervenir en début de phase appétitive.

Une récompense est un processus agréable destiné à renforcer la probabilité de production d'une séquence comportemental., Pour être efficace, cette récompense doit être donnée une fois la séquence complète achevée, sous peine de voir le comportement amputé par la suite, Cette récompense ne peut être différée, même de quelques instants.

On constate donc, en ce qui concerne la propreté, que la sanction, pour être pertinente, doit intervenir avant l'émission d'urine ou de fèces, Cela est en pratique très difficile à réaliser.

Remarquons que récompense et punition ne fonctionnent que par association avec un comportement. Un chien puni quand il fait sur le tapis, associera punition et miction, miction et maître et apprendra à faire en l'absence dudit maître mais il est peu probable qu'il associe la punition au tapis. A l'inverse en recherchant à reproduire le comportement qui entraîne une récompense, il essaiera d'impliquer son maître.

Enfin, il faut souligner que la punition peut entraîner des inhibitions et de l'évitement. Au contraire, la récompense provoque une stimulation. Le chien récompensé fait des essais jusqu'à trouver la situation qui engendre la récompense. Il est dynamique et recherche à impliquer son maître.

LA BONNE MÉTHODE D'ÉDUCATION

En s'appuyant sur les quelques remarques précédentes, il est possible de décrire une méthode d'apprentissage.

Quand le chiot mène une vie régulière, il fait à peu près toujours ses besoins au même moment : « réveil, activité, pipi ; repas, activité, pipi ». Le propriétaire attentif saura rapidement repérer ces instants et sortir son animal au moment opportun, pour le conduire à l'endroit choisi.

Il est nécessaire que cet endroit ait été préalablement défini avec soin ; il faut que le chien y retrouve ses odeurs. Là, le maître attendra que les mictions et défécations se produisent et récompensera celles-ci, en fin de séquence et comme deux comportements séparés. Il faut bien sûr ne pas rentrer immédiatement le pipi fait, la sortie étant souvent pour l'animal un moment de plaisir, la fin de celle-ci peut être perçue comme une punition. De même, le maître doit obligatoirement attendre que le chien se soulage avant de rentrer.

Bien sûr, ce qui est vrai en théorie sera souvent délicat à réaliser. Les premières fois le maître doit attendre longtemps, le chiot est effrayé, il n'est pas habitué à la rue et cherche d'abord à explorer. Il a besoin de retrouver des odeurs connues et il faut être patient. Avec le concours de l'éleveur, il est possible d'utiliser le support auquel il est habitué : quelques pincées de copeaux ou un fragment de journal seront souvent utiles pour déclencher les premiers pipis.

Tous les détails ont là beaucoup d'importance, Il faut s'assurer que la récompense est systématique (en début d'apprentissage), immédiate et adaptée. Rappelons que cette récompense ne doit pas être néfaste (sucre) et qu'une caresse convient parfaitement si celle-ci est réellement démonstrative. Les grands discours sont souvent perturbateurs et incompréhensibles pour le chiot. En revanche, un grand sourire et une vraie caresse douce et chaleureuse sont toujours sans équivoque. Il est important que cette récompense soit donnée sitôt l'élimination terminée ; il faut laisser le chien finir et renifler ses déjections puis le féliciter immédiatement. De nombreux maîtres pensent qu'il est utile de donner une récompense, en rentrant, quand le chien a fait ses besoins. Cette récompense tardive n'est pas adaptée.

Enfin soulignons le caractère dynamique de cet apprentissage. Le maîre doit être présent à côté de son chien. Bien des maîtres répugnent à accompagner leur chiot et le laissent apprendre à s'isoler. Le chien fait alors au fond du jardin ou sur la pelouse du parc et le maître se contente d'attendre. Dans ces cas, la récompense ne peut pas tomber au bon moment etle contrôle du lieu ne peut pas être précis.

Il est nécessaire de sortir le chiot souvent ; il n'est en effet pas capable de se retenir plus de cinq ou six heures avant quatre mois. Cela signifie qu'il est normal au début d'avoir des pipis à l'intérieur. Certains chiots font beaucoup plus souvent pipi que d'autres et les accidents sont fréquents. Que le maître ne s'inquiète pas, le chiot qui se trompe ne régresse pas. L'important est d'avoir plusieurs fois par jour l'occasion de lui montrer ce qu'il doit faire. Pris sur le fait en train de chercher un coin tranquille, il est possible d'interrompre la séquence par un "non" et de transporter alors le chiot à l'endroit propice. En revanche le maître qui trouve une souillure ou qui arrive en fin de séquence, ne doit rien dire. Même en montrant le pipi, il n'arrivera pas à faire comprendre ce qu'il désire au chien. Il doit se contenter de ramasser, si possible en l'absence du chien qui pourrait alors chercher à jouer et finirait peut-être par associer les pipis et le jeu. De plus, il est fréquent que le maître manifeste en nettoyant sa contrariété que le chien perçoit comme une punition.

Si le chien est adulte, il faut davantage insister sur la nécessité de nettoyer en l'absence du chien qui, hiérarchisé puisqu'adulte, pourrait lire dans ce ramassage, des signes d'acceptation et de soumission.

Il peut être utile de créer une association supplémentaire et de prononcer toujours le même mot au moment où le chien s'exécute (pipi, besoin...) de façon à pouvoir par la suite commander les mictions (irréalisable à mon avis pour la défécation). Il faut se garder alors d'utiliser ce mot pour d'autre situation en demandant par exemple au chiot « tu veux faire pipi ? » alors qu'il réclame pour sortir. Ce mot doit être prononcé au milieu de l'acte (milieu de la phase consommatoire). Quand le chiot commencera à être régulièrement propre, il faudra passer à des récompenses intermittentes puis aléatoires de façon à ancrer les comportements. Seulement alors, il pourra être utile de parfaire l'apprentissage en créant des inhibitions. On utilise alors des « punitions » qui devront intervenir exactement en début de séquences et rester très légères (voix forte). Un chien bien élevé doit être capable de s'interrompre en cours d'exécution si son maître le lui ordonne.

Le maître doit être conscient que cet apprentissage même très bien mené n'empêche pas quelques oublis. La continence n'est parfaite qu'après la puberté et une erreur ne remet pas l'éducation en cause.

AUTRE MÉTHODE D'ÉDUCATION : LE JOURNAL

Il est temps, si l'on veut que les jeunes propriétaires cessent d'être ballottés entre éleveurs et vétérinaires, que cette méthode d'éducation à la propreté soit définitivement abandonnée. En effet, il faut reconnaître que régulièrement, cette façon de procéder conduit à l'échec. Nous avons choisi néanmoins de décrire en détail cette façon d'enseigner la propreté pour que chacun puisse en apprécier les éventuelles carences. Les principes qui régissent cette façon de procéder sont les mêmes que les précédents. A l'aide de récompenses, le chiot va être conditionné à se soulager sur des journaux. Le joumal sera placé près d'une porte qui sera progressivement fermée, Il sera assez vite possible d'apprendre au chien à demander l'ouverture de cette porte à travers laquelle il peut sentir le journal. Dès lors que le chien sait pleurer à la porte pour faire ses besoins il est temps de lui apprendre à faire dehors. Les premières fois il est nécessaire d'emmener un morceau du support journal imprégné d'odeurs) pour inciter le chiot. Ce support sera par la suite diminué de taille, puis supprimé.

Cette méthode présente un avantage certain qui est de permettre très rapidement au chiot d'être autonome, même la nuit, puisque le maître ne doit pas se lever pour le conduire au journal. De plus elle utilise les penchants naturels du chiot, qui fera très facilement, toujours au même endroit, surtout si l'odeur persiste.

Si ces avantages sont très séduisants, les inconvénients les balancent largement. Le premier problème avec cette méthode est la démobilisation du maître ; le chiot semble apprendre seul mais en fait il n'apprend rien. Il fait sur le journal mais de façon naturelle, le maître oublie de le récompenser et de contrôler. Au bout de quelques mois, on se trouve dans la situation de sortie d'élevage avec un chien habitué à faire sur des journaux. Il faut activement prévenir le maître qu'il doit poursuivre l'apprentissage jusqu'à obtenir le contrôle complet La méthode n'est possible que si le maître s'investit.

Le deuxième inconvénient est le trop rapide conditionnement au journal. Après quelques récompenses bien distribuées, le chiot est habitué à se soulager sur le journal et il attend à revenir à la maison pour retrouver son quotidien préféré. Le propriétaire est donc obligé de transporter un journal, qu'il va disposer dans le caniveau pour inciter son chien à s'exécuter. Dans certains cas le chien sera même conditionné à Ljn emplacement de la maison et il faudra alors tout recommencer car il n'est pas possible de transporter cet endroit à l'extérieur. Le maître perçoit souvent très mal ce blocage et abandonne le plus souvent alors la technique gratifiante au profit des méthodes coercitives qui lui sont conseillées par ses proches. Il est toutefois possible d'éviter cet écueil en plaçant le journal sur un support plastifié qui empêchera l'odeur d'urine d'imprégner le sol. Pratiquement une planche fine fait l'affaire. Les journaux peuvent y être punaisés ce qui évite que le jeune chiot ne s'amuse à les transporter dans toute la maison. Il faudra quand même prendre la précaution de déplacer modérément mais régulièrement cette planche pour que le conditionnement soit correct.
Ces inconvénients font de la méthode une cause d'échec fréquente. Il est nécessaire que le maître qui a commencé ainsi, soit encadré avec soin jusqu'au résultat final. Il faut se montrer très convaincant, car au début, le propriétaire pensera que tout se passe normalement puisqu'il n'est plus tenu de ramasser les déjections de son animal.

À QUEL ÂGE COMMENCER L'APPRENTISSAGE ?

Une des causes de malpropreté du chiot est l'apprentissage tardif. A cause des risques de maladie, il est souvent conseillé au maître de ne pas sortir leur chiot avant la fin des vaccinations. Cette idée, solidement ancrée dans les esprits, n'a pas de fondement scientifique. Le simple fait de ne pas sortir les jeunes chiots ne les empêchent pas d'être soumis à la pression virale extérieure, puisque les maîtres, eux, sortent et véhiculent des virus. Il est illusoire de croire qu'il est possible de protéger le chiot par cette simple mesure. Les éleveurs de porcs qui désirent protéger leur élevage de la pression virale, pratiquent des élevages dits « S.P.F. » (Speciflc Pathogens Free) qui, dans la pratique, conduisent à transformer les bâtiments de l'élevage en de véritables forteresses. Comment pourrait-on avoir le même résultat en empêchant juste le chiot de sortir. Cependant cette attitude retarde le développement comportemental (éveil) des chiots qui est même compromis si les premières sorties sont postérieures à cinq mois.

Il faut commencer l'apprentissage de la propreté le plus tôt possible soit vers l'âge de 8 semaines quand le jeune chiot arrive à la maison. Bien sûr à cet âge, les réflexes de continence sont encore imparfaits mais l'acquisition précoce des "bonnes manières" renforce la qualité de l'apprentissage. A l'âge de quatre mois, un chiot doit être capable de demander pour ses besoins. Même si des accidents sont encore fréquents, le principe de propreté doit être acquis. Profitons donc de cet aparté pour souligner l'importance de l'ouverture de l'élevage.

Pour l'éleveur, produire un chiot qui répond à la demande est un objectif professionnel. Cette demande comprend la socialisation du chiot et ses capacités à rencontrer une voiture et à vivre en milieu urbain. Lisolement dans lequel le chiot est maintenu jusqu'à l'âge de trois mois est responsable de son inadaptation à la vie en société et à la vie urbaine. Il est donc souhaitable que les éleveurs modernes intègrent cette partie de leur cahier des charges et s'obligent à rendre le milieu de développement des chiots riche et varié.

POURQUOI PAS LES MÉTHODES D'ANTAN ?

Cette question nous est en effet régulièrement posée. De nombreux maîtres n'en sont pas à leur premier chiot et depuis toujours, pour qu'un chien soit propre, il suffit de lui « coller le nez dedans deux ou trois fois » et le tour est joué. Pour de tels maîtres, il peut paraître inconcevable de ne pas punir le chien. Il faut reconnaître que la méthode punitive peut s'avérer efficace ou du moins peut donner l'impression d'un résultat si certaines conditions sont réunies.

Si le maître gronde systématiquement son chien quand il se soulage, et, qui plus est s'il le gronde parce qu'il voit ses besoins sur le tapis ou dans la maison, le chien finit par associer déjections, présence du mal-être et punition.

Pour échapper à cette dernière, le chien doit donc arriver à se soulager à l'insu du maître et à cacher ses déjections. Si le chien soumis à cette méthode d'éducation a la possibilité de sortir librement, il va spontanément aller se cacher pour faire ses besoins loin de son maître, au jardin notamment. Remarquons que de tels chiens sont en revanche le plus souvent incapables de se conduire correctement avec leur maître en ville et qu'ils n'osent pas faire leurs besoins devant leur maître. Pour résumer la situation, il suffit de dire que ces animaux ont appris à ne pas être « sales » mais qu'on est loin de pouvoir dire qu'ils sont « propres ».

Si l'accès au jardin n'est pas libre ou si, dans un nouveau contexte social, il n'y a plus de jardin, le chien, soumis aux mêmes contraintes va reproduire cette attitude dans la maison et ira cacher ses besoins derrière une armoire ou sous une commode. Ce qui était dans l'exemple précédent interprété comme une preuve d'intelligence, deviendra bien souvent dans ce nouveau contexte, une preuve de malice. Les attitudes coupables du chien devant les colères du maître, renforcent souvent la conviction du propriétaire qui croit que son chien fait mal exprès pour l'ennuyer. On le sait pourtant, ces attitudes sont des marques de soumission, destinées à apaiser le dominant et le contresens du maître, perturbe de façon grave l'équilibre de sa relation avec son chien.

Il n'est donc pas surprenant qu'une méthode coercitive ait pu donner satisfaction à une époque ou les rapports maître-chien étaient différents, notamment quand le chien était surtout conçu pour vivre dehors.



Mise à jour : dimanche 21.07.2013 13:49. Résolution d’affichage conseillée : 1024 x 768.
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