Cette pathologie est une affection des
disques intervertébraux évoluant à la manière
d’un processus de dégénérescence, pouvant
avoir des effets sur la locomotion de l’animal. Les procidences
d’un disque intervertébral dégénéré
sont susceptibles de comprimer la moëlle épinière
et d’entraîner des paralysies.
Bien que cette maladie puisse se rencontrer
dans toutes les races canines, elle se cantonne principalement à
quelques races désignées sous l’appellation de
chondrodystrophoïdes.
Le bouledogue français fait partie des races à
forte prédisposition, mais le teckel est la race la plus touchée
de l’espèce canine du fait, sans doute, de son dos très
long.
Le traumatisme peut jouer un certain
rôle dans cette maladie, et notamment dans la rupture finale
du disque, et il peut être l’un des facteur de l’affection
puisqu’elle déclenche des altérations à
l’intérieur même du disque, mais c’est quand
même un fait de dégénérescence qui est
le motif initial de la procidence (sortie) puis de la rupture du disque.
C’est la raison pour laquelle il est déconseillé
de laisser un bouledogue monter ou descendre des escaliers de façon
répétitive ou de le laisser se livrer à des jeux
ou activités brutales.
On distingue, selon Hansen (chercheur
du début du 20ème siècle) :
• La
hernie discale de type 1 de Hansen
Elle concerne les races chondrodystrophiques
évoquées plus haut et se caractérise par une
métaplasie (c’est-à-dire la transformation d’un
tissu vivant en un autre) cartilagineuse du nucleus pulposus qui est
la partie centrale des disques intervertébraux, gélatineuse
mais ferme avec fragilisation de l’annulus fibrosus qui est
la capsule fibreuse qui entoure le disque.
Les fonctions du disque sont doubles
: le disque fait partie de l’articulation qui réunit
deux vertèbres contiguës et il joue le rôle d’un
tampon amortisseur à l’égard des traumatismes
indirects qui se transmettent le long de l’épine dorsale.
Du fait que le disque intervertébral
est placé entre deux corps vertébraux successifs, il
est exposé à des traumatismes souvent considérables
et de temps à autre, violents, en particulier dans les régions
où la colonne vertébrale se recourbe le plus souvent.
Les sujets qualifiés de chondrodystrophiques
souffrent d’une altération précoce du nucleus
qui, de substance gélatineuse passe à l’état
de substance chondroïde (cartilagineuse) pendant que l’annulus
subit également une altération de dégénérescence
qui fait perdre au disque son élasticité naturelle.
Il arrive même que l’annulus fibrosus dégénère
et se rupture alors que le nucléus est encore à l’état
gélatineux et c’est ce phénomène qui entraîne
l’expulsion du nucleus sur une certaine longueur du plancher
vertébral.
• La hernie discale de type 2 de Hansen
Elle concerne les races non chondrodystrophiques
et se caractérise par une métaplasie fibreuse du nucleus
pulposus sans fragilisation de l’annulus fibrosus qui se déforme
progressivement sans permettre le passage du matériel discal
dans le canal rachidien, entraînant une compression lente de
la moëlle.
Le
diagnostic
Il se fait par un examen neurologique et doit être confirmé
par une radiographie de face et de profil, centrée sur le siège
de la lésion.
Il se fait souvent sous anesthésie et il est indispensable
d’avoir une corrélation parfaite entre l’examen
neurologique et la radiographie pour affirmer le diagnostic.
En cas de doute, une myélographie
doit être pratiquée.
Pronostic et
indication thérapeutiques
Degré 1 :
Douleur et proprioception (sensibilité
propre aux muscles, aux os et aux articulations) conservée
: le pronostic est BON.
Un traitement médical peut être entrepris.
Degré 2 :
Perte de la proprioception : le pronostic ASSEZ BON.
Un traitement médical est encore possible sauf s’il s’agit
d’une hernie discale cervicale où l’intervention
est inévitable.
Degré 3 :
Paralysie : le pronostic est RÉSERVÉ et un traitement
à la fois médical et chirurgical doit être envisagé.
Degré 4 :
Perte de la sensibilité douloureuse profonde : le pronostic
est mauvais, surtout si la perte existe depuis plus de 48 heures et
un traitement médical et chirurgical d’urgence doit être
tenté.
Traitement
Une mise au repos complet pendant dix jours (dans un espace réduit
comme une cage ou une pièce très petite) doit être
instaurée. C’est l’indication thérapeutique
la plus importante car elle va permettre la cicatrisation des lésions
; elle sera suivie d’une convalescence se traduisant par une
mise au repos moins sévère de trois semaines.
Il est important de ne pas donner trop d’antalgiques qui, supprimant
toute douleur, pourraient inciter
le chien à une reprise d’une activité normale
et l’aggravation des lésions.
Il sera administré au chien des
antalgiques ainsi que des anti-inflammatoires.
Enfin, dans les cas indiqués plus haut, et notamment en cas
de hernie discale cervicale avec douleur isolée ou parésie
(paralysie partielle) ou paralysie récidivante c’est
l’intervention chirurgicale qui devra être envisagée.
Dans le cadre d’un traitement hygiénique,
il faudra prévenir les escarres en plaçant l’animal
sur une surface confortable et en enduisant de vaseline les zones
de la peau pouvant être souillées par l’urine.
Il faudra également vidanger la vessie trois fois par jour
soit par pression manuelle soit par sondage stérile en utilisant
des antiseptiques urinaires pour lutter contre les cystites.
Lexique
Annulus fibrosus : capsule fibreuse qui entoure le disque.
Chondroïde : cartilagineux.
Métaplasie : transformation d’un tissu vivant en un autre.
Nucleus pulposus : partie centrale des disques intervertébraux.
Parésie : paralysie partielle.
Procidence : sortie.
Proprioception : sensibilité propre aux muscles, aux
os et aux articulations
©O. B.
Cet article vétérinaire
a été lu et approuvé par le Dr
Philippe Pierson, co-auteur du Guide pratique de l'Elevage canin paru aux Éditions Fontaine.